Malick Sidibé fait twister la Fondation Cartier

mali twist


Un an après la disparition de l’artiste le 14 avril 2016, la Fondation Cartier rend hommage au grand photographe sénégalais qu’était Malick Sidibé avec Mali Twist. 
L’exposition présente des photographies prises entre 1960 et 1980, période d’insouciance et d’effervescence depuis l’indépendance du pays le 22 septembre 1960. Une grande partie de l’exposition est consacrée aux photographies de soirées bamakoises, celles qui ont forgé la réputation de celui qui fut surnommé « L’œil de Bamako ». Ses reportages nous font découvrir les surprises-parties de la jeunesse de l’époque; des instantanés emplis de musique, de style, d’authenticité et de joies partagées, qui sont autant de témoignages inestimables d’une époque pleine d’espoir.

La visite

La musique, c’est la première chose qui me frappe en entrant dans la première salle et je dois dire que je suis séduite. J’adore quand les commissaires font le choix d’en diffuser ; ça permet de faire de belles découvertes et de s’immerger dans l’univers qui nous est présenté. C’est Boubakar Traoré qui est diffusé lors de mon arrivée, avec le titre Mali Twist ! Honnêtement, à ce moment précis, j’ai grave envie de danser ! S’en suivent d’autres sons qui étaient diffusés dans les soirées de l’époque, Aretha Franklin, les Beatles, James Brown, les Kinks … et Johnny Hallyday !

Une frise chronologique présente le parcours du photographe. D’origine peule, Malick Sidibé est né en 1935 à Soloba, un village au sud de Bamako, près de la frontière guinéenne. Remarqué pour ses talents de dessinateur, il est admis à l’école des artisans soudanais de Bamako, où il obtient son diplôme en 1955. Il fait ses premiers pas dans la photographie auprès de Gérard Guillat, dit « Gégé la Pellicule », et ouvre le Studio Malick en 1962 dans le quartier de Bagadadji, lieu où il réalisera ses célèbres portraits.

Pour rejoindre la salle suivante, retour dans le hall qui me replonge dans l’ambiance relou des files d’attentes des musées parisiens. Ah ouais, le petit bémol de l’exposition est qu’elle est installée au sein de la Fondation Cartier et, très sincèrement, je ne comprends pas pourquoi ils s’obstinent à exposer dans ce qui semble être -le hall de leur bâtiment ?!- «POURQUOI LES GARS, POURQUOIIIIII?! ».

« Ces soirées là, henhen-henhen »

Deuxième salle, premier coup de coeur grâce à l’iconique photo Nuit de Noël présentée face à moi, l’une des plus connues du photographe. Elle est notamment considérée par le Time comme faisant partie des « 100 photographies les plus influentes de l’histoire ». Ce cliché provient d’une des pochettes que Malick Sidibé confectionnait après chaque reportage afin que chacun puisse choisir et commander des tirages.

malick sidibé nuit de noel 1963 collection fondation cartier pour lart contemporain paris
Malick Sidibé, Nuit de Noël 1963, Collection Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris

« Les jeunes, quand ils dansent, sont captivés par la musique. Dans cette ambiance, on ne faisait plus attention à moi […], j’en profitais pour prendre les positions qui me plaisaient. Je ne dansais jamais à cause de ma timidité […], je gesticulais juste un peu au rythme de la musique. Certains me demandaient de les photographier pour avoir un souvenir. D’autres allaient s’isoler dehors dans les feuillages et m’appelaient pour que je les prenne avec mon flash pendant qu’ils s’embrassaient dans l’obscurité. Je pouvais utiliser jusqu’à 6 pellicules de 36 poses pour une surprise-partie. »

regardez moi 1962
Malick Sidibé, Regardez-moi, 1962, Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris

Autour, d’autres clichés emplis de nostalgie. On découvre les jeunes danseurs se préparer avant de rejoindre la piste de danse: look, coiffure, et 33 tours préférés dans les mains, rien n’était laissé au hasard. La photographie Regardez-moi est un précieux témoignage de l’ambiance qui régnait dans ces soirées là.

« J’étais le seul jeune reporter de Bamako à faire des photos dans les surprises-parties. Les jeunes de Bamako se regroupaient en clubs. Ils empruntaient leurs noms à leurs idoles – Les Spotnicks, Les Chats Sauvages, Les Beatles, Les Chaussettes Noires –, ou au journal Cinémonde, qui venait de France. […] Souvent dans la rue ils s’appelaient par leur nom de club : « Hé ! Beatles ! ». […] Il y avait aussi les « bals poussière », improvisés dans des endroits un peu à l’écart. J’étais toujours informé directement par les jeunes, par des « prieries » : « Prière de nous honorer de votre présence. […] On avait beaucoup d’occasions de s’amuser. »

Au sous-sol, les murs pastels mettent en avant les clichés en noir et blanc. Soirées, sorties sur les rives du fleuve Niger où toute la capitale allait se ressourcer, portraits pris en studio. Les tirages sont magnifiques.

un yeye en position 1963
Malick Sidibé, Un Yé-Yé en position, 1963, Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris

« Devant mon studio, c’était toujours très animé ! J’avais disposé une grande enseigne : « Studio Malick », de deux mètres sur un. C’était le seul endroit illuminé du dehors ».

Yéyé apprêté, enfants déguisés, famille prenant la pose sur une moto et femmes distinguées, c’est toute la société de Bamako que nous voyions sur les portraits réunis pour l’exposition. En les photographiant seul ou en groupe, sur fond neutre ou rayé avec des accessoires ou pas, Malick Sidibé compose pour chacun de ses modèles.

Avant de quitter la fondation et une fois inspirée par l’oeuvre de «L’Oeil de Bamako», j’ai décidé de retourner dans la première salle pour profiter du petit «Studio Malick» qui a été reproduit pour l’occasion. J’ai posé avec des lunettes noires et un ghetto-blaster, à l’ancienne !

Je vous invite donc à aller découvrir l’héritage et la nostalgie du « Mali Twist » à la Fondation Cartier jusqu’au 25 février 2018.


 Fondation Cartier pour l’art contemporain
261 boulevard Raspail, 14e
M° Raspail ou Denfert-Rochereau
Infos et tarifs sur ce lien


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s